Les Bourbons - De Louis XV à Louis XVI


Louis XV


Le Pont du Gard
Louis XV - Charles André van Loo - 1705-1765
Note

Louis XIV en mourant dit à son arrière-petit-fils, qui allait devenir Louis XV « Vous allez être roi d'un grand royaume. Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J'ai trop aimé la guerre ; ne m'imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que j'ai faites. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous le pourrez et faites ce que j'ai eu le malheur de ne pouvoir faire par moi-même. » L'enfant de cinq ans ne comprit pas ces paroles; quand plus tard la raison lui vint, il les avait oubliées. La dette était de deux milliards, qui en feraient huit aujourd'hui. Vauban écrivait « Près de la dixième partie du peuple est réduite n mendier des neuf autres parties, cinq ne peuvent faire l'aumône à celle-là, dont elles ne différent guère; trois sont fort mal aisées; la dixième ne compte pas plus de cent mille familles, dont il n'y a pas dix mille fort à leur aise. » Dès 1710, Fénelon jugeait ainsi la monarchie française « C'est une vieille machine délabrée qui va encore de l'ancien branle qu'on lui a donné et qui achèvera de se briser au premier choc. »

Le Pont du Gard
Marie Leczinska, Reine de France - Charles André van Loo - 1705-1765

Enfin, la France était lasse de pouvoir absolu. Voltaire nous fait cette peinture des funérailles du grand roi « J'ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvait, on y chantait, on y riait. Le jésuite Le Tellier était la principale cause de cette joie universelle. J'entendis plusieurs spectateurs dire qu'il fallait mettre le feu aux maisons des jésuites avec les flambeaux qui éclairaient la pompe funèbre. »Voilà le fardeau qui retombait sur un roi de cinq ans, et tout d'abord sur le régent, Philippe d'Orléans. Celui-ci avait beaucoup des qualités de Henri IV, mais bien plus de vices. Son précepteur, qui devint son premier ministre, avait été Dubois. « Dubois, dit Saint-Simon, estoit un petit homme maigre, effilé, à mine de fouine. Tous les vices, la perfidie, l'avarice, la débauche, l'ambition, la basse flatterie, combattoient en lui à qui demeureroit le maître. Il mentoit jusqu'à nier effrontément estant pris sur le fait. Il s'estoit accoutumé à un bégayement factice pour se donner le temps de pénétrer les autres. Une fumée de fausseté lui sortoit par tous les pores. » Cet habile coquin faisait ce qu'il voulait du régent un matin, il vint le trouver « Monseigneur, j'ai rêvé cette nuit que vous m'aviez fait archevêque de Cambrai.- Toi, archevêque! drôle! toi, coquin, toi, maraud, archevêque ! » La bourrasque passée, le régent ne put s'empêcher de rire de tant d'impudence, et la demande fut octroyée. Massillon et un autre évêque rendirent témoignage des bonnes mœurs du postulant (et c'était lui qui organisait les folies du Palais-Royal !) ; il reçut tous les ordres en un seul jour, et alla s'asseoir sur le siège épiscopal de Fénelon !
Ce gouvernement livra les finances à l'Écossais Law, dont le fameux système eût pu faire beaucoup de bien et fit beaucoup de mal. D'un autre côté, il jeta la France dans l'alliance anglaise quand même, et fit fa guerre à l'Espagne, au petit-fils de Louis XIV. C'était bien la peine d'avoir fait la guerre de succession.
Le gouvernement du duc de Bourbon, qui vint ensuite, resta dans les mêmes errements. L'Angleterre y gagna beaucoup; mais la France n'en retira que de la honte. Louis XV avait alors pour précepteur un vieil évêque, bonhomme septuagénaire, tranquille, modeste on l'eût jugé sage entre les sages c'était un ambitieux; il arriva au pouvoir comme une taupe, par-dessous.
Nous parlons du cardinal de Fleury. Il gouverna économiquement la France pendant dix-sept ans. Mais il laissa tomber la marine et n'eut en Europe qu'une attitude pitoyable. Il laissa ravir la succession du trône de Pologne à Stanislas Leczinski, le père de la reine de France.
Notre ambassadeur à Copenhague, le comte de Plélo, ne put être témoin de cette honte et alla se faire tuer à Dantzig. Fleury voulait la paix à tout prix, et son ministère finit au milieu de la guerre. C'était celle de la succession d'Autriche. Cette guerre fut mesquinement commencée du côté de la France ; il n'y eut de grand que l'héroïsme de nos soldats, dignes pères des soldats de la République .
Au siège de Prague, avant de donner l'assaut, Chevert leur dit « Mes amis, vous êtes tous braves, mais il me faut ici un brave à trois poils. Le voilà, ajouta-t-il en se tournant vers le sergent Pascal. Tu vas monter le premier. Oui, mon colonel. La sentinelle criera : Qui va là?» Ne réponds rien. - Oui, mon colonel. Elle tirera sur toi et te manquera. Oui, mon colonel. Tu la tueras. Oui, mon colonel. Et je suis là pour te soutenir. » Ce dialogue fut exécuté de point en point, et Prague fut prise.
La plus grande bataille de cette guerre fut celle de Fontenoy. Tout le monde sait avec quelle courtoisie elle fut engagée. Arrivés à cinquante pas des Français, les officiers anglais saluent. Les officiers des gardes françaises saluent à leur tour. Milord Hay crie « Messieurs des gardes françaises, tirez. » Le comte d'Hauteroche répond « Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers, tirez vous-mêmes. » Les Anglais tirent et le feu commence. Louis XV assistait à cette bataille, que Maurice de Saxe gagna. Les victoires de Raucoux et de Lawfeld ajoutées à celles-là et les succès de Dupleix dans l'Inde amenèrent la paix d'Aix- la-Chapelle signé le 18 octobre 1748. La France ne gagna rien, malgré tous ses succès. « Je ne fais pas la guerre en marchand, mais en roi, » disait Louis XV.
La guerre de Sept ans fut plus désastreuse. Ce n'est pas qu'il n'y ait eu encore des actions à notre avantage, comme celles d'Hastembeck, de Closterseven, de Lutterbourg, de Bergen, de Clostercamp, où d'Assas sauva l'armée en sacrifiant sa vie. Mais le désastre de Rosbach eut un retentissement funeste. Soubise, aussi malheureux que Villeroi, y fut complètement défait par Frédéric. Comme il avait la vue basse, le public parisien chanta malignement :

Soubise dit, la lanterne à la main
« J'ai beau chercher où diable est mon armée,
Elle était là pourtant hier matin !
Me l'a-t-on prise ou l'aurai-je égarée ?
etc.»


Madame de Pompadour, amie du général, chercha à l'excuser aux yeux du roi, ce qui donna lieu à la diatribe suivante

En vain vous vous flattez, obligeante marquise,
De mettre en beaux draps blancs le général Soubise;
Vous ne pouvez laver, force de crédit,
la tâche qu'à son front imprime sa disgrâce,
Et, quoi que votre faveur fasse,
En tout temps on dira ce qu'à présent l'on dit
« Que si Pompadour le blanchit,
Le roi de Prusse le repasse. »


Ce fut aux colonies que la France essuya les plus grands revers.

Le Pont du Gard
Portrait de Madame du Barry, Elisabeth Louise Vigee-Lebrun

Le gouvernement ne sut point les soutenir. Nous perdîmes le Canada, malgré la valeur de Montcalm, et l'Inde, malgré l'opiniâtreté de Lally. Le duc de Choiseul devenu ministre eut une grande idée ce fut d'unir la marine espagnole à la nôtre pour tenir tête à l'Angleterre ; tel fut l'objet du pacte de famillequi n'eut, cependant, pour premier résultat que d'associer l'Espagne à nos pertes coloniales. Par le traité de Paris ( 1763), l'Angleterre acquit sur l'une et l'autre puissance le Canada, l'Acadie, le Cap-Breton, la Grenade et les Grenadines, Saint-Vincent, Saint-Dominique, Tobago et le Sénégal.
Traité honteux pour la France, et qui marque l'époque de son plus grand abaissement politique. Choiseul, qui fut le seul grand ministre de Louis XV, eut le courage de chasser les jésuites et la gloire de réunir à la France la Lorraine et la Corse; mais il n'eut pas le temps de sauver la Pologne: la cabale Maupeou, Terray et d'Aiguillon le fit disgracier par l'influence de Madame Du Barry. Cette courtisane, qui dominait honteusement Louis XV, ne lui laissa point de repos qu'il n'eût congédié Choiseul; une orange dans chaque main, elle les jetait en l'air l'une après l'autre en disant « Saute, Choiseul; saute, Praslin.» Quand Louis XV eut entendu quelque temps cette chanson, il envoya son ministre en exil.
Les divertissements de ce roi, sans parler de ceux que nous devons taire par respect pour nos lecteurs, étaient de faire de la tapisserie, de tourner des tabatières et de classer les anecdotes scandaleuses que son ministre de police lui envoyait religieusement chaque matin.
Du reste il se souciait peu de l'avenir. En brisant les parlements pour y substituer le malencontreux parlement Maupeou, il renversa les derniers soutiens qui restaient la monarchie. Mais, jugeant que, quoiqu'elle fut bien malade, il arriverait encore avant elle au tombeau « Bah! disait-il, ceci durera toujours autant que moi ; après moi le déluge. »

Louis XVI


Le Pont du Gard
Louis XVI - Joseph-Siffred
Le Pont du Gard
Marie Antoinette en habit de cour - Elisabeth Louise Vigee-Lebrun - 1745-1842
Note

Louis XVI eut quelque chose de plus et quelque chose de moins que Louis XV le coeur de plus et l'esprit de moins. Honnête et voulant le bien, il appela aux affaires un honnête homme, Malesherbes, et un homme de génie, Turgot ; il voulut prévenir la Révolution par des réformes. D'abord il remit au peuple le droit de joyeux avènement ; il réforma la loi qui rendait les taillables solidaires du payement de l'impôt, et affranchit les derniers serfs des terres domaniales. La liberté du commerce des grains dans l'intérieur fut décrétée, les corvées pour les grandes routes sont supprimées et remplacées par une contribution territoriale que tous payeront ; les maitrises et les jurandes sont abolies. C'était la liberté entrant dans l'industrie, et l'égalité dans l'impôt. La faiblesse du roi perdit tout ; il recula devant l'opposition des parlements qu'il avait rappelés après son avènement et devant les clameurs des privilégiés. Malesherbes obtint sa démission ; Turgot se fit demander la sienne ; mais, en la donnant, il prononça ces paroles prophétiques «La destinée des princes conduits par les courtisans est celle de Charles ler(1776) ».Turgot avait les plus larges idées si elles eussent pu être exécutées, la Révolution se fût faite pacifiquement; mais Louis XVI n'était pas né pour les comprendre. Un jour, Turgot entrant dans son cabinet le trouve occupé à son bureau ; le roi se retourne, et lui tendant un papier « Voyez, dit-il, moi aussi, je travaille. » Turgot prend le papier et lit « Mémoire pour la destruction des lapins dans les campagnes ». Il s'agissait bien de lapins quand la monarchie penchait de plus en plus vers l'abîme qui allait l'engloutir.

. Le Pont du Gard
Marie Antoinette - Elisabeth Louise Vigee-Lebrun - 1745-1842

Le vieux ministre Maurepas, méchante langue, fit tomber Turgot. Necker, autre honnête homme et financier habile, ayant été appelé au contrôle général des finances, Maurepas amena aussi sa chute avec un bon mot. Necker avait publié le compte rendu de l'état des finances dans une brochure couverte de papier bleu.« Avez-vous lu le conte bleu ? »demanda partout Maurepas. Le mot fit fortune et suffit dans une cour futile pour perdre un bon ministre. Louis XVI n'eut pas l'énergie de le maintenir. Quand ce bon roi suspendait ses philippiques contre les lapins, il prenait grand plaisir à faire de la serrurerie et à tracer des cartes de géographie. C'est vers ce temps qu'il laissa prendre à Marie-Antoinette cet emprise qui fut si fatal à la monarchie. Cette reine, belle, mais fière et hautaine, d'ailleurs étrangère et imbue des maximes absolues de la cour de Vienne, porta malheur à son époux ; mais, en le perdant, elle se perdit elle-même. C'est elle qui fit arriver au ministère Calonne et Brienne, deux courtisans sans conscience, qui gâtèrent encore plus les affaires. Il fallut rappeler Necker, et Necker convoqua les États Généraux.


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