De la Révolution à la République


Le Pont du Gard
La liberté guidant le peuple 1789- Eugène Delacroix - 1798-1863
Note

« Qu'est-ce que le tiers état ? La Nation. Qu'est-il Rien. Que doit-il être? Tout. »

C'est ainsi que Sieyès, dans une fameuse brochure, résumait la question politique. Il y avait tant de vérité dans ces paroles que le gouvernement lui-même avait jugé à propos de doubler la représentation du tiers état. L'ouverture des états généraux se fit le 5 mai 1789, à Versailles. Le tiers invite les deux autres à se réunir à lui sur leur refus, il se proclame Assemblée nationale ; mais la cour fait fermer violemment la salle des états. Alors le tiers s'assemble dans la salle du Jeu de paume et jure de ne se séparer qu'après avoir voté la constitution. C'est de ce patriotique serment que date la France nouvelle.
Bientôt noblesse et clergé sont obligés de céder, viennent se réunir au troisième ordre. Qu'on se souvienne des états généraux de 1614, les derniers avant ceux de 1789 qu'on se rappelle l'orateur du tiers état parlant à genoux, et les nobles traitant de valets les roturiers, et qu'on juge du progrès qui s'était accompli.
Cependant la cour assemblait des troupes et méditait d'employer la force. Le peuple de Paris la prévint, et, dans l'immortelle journée du 14 juillet, enleva et rasa la Bastille, la vieille forteresse de la royauté. C'est ainsi qu'il sanctionna les actes de l'assemblée. A la nouvelle de cette révolution, toute l'Europe tressaillit. « Français, Russes, Danois, Allemands, Anglais, Hollandais, dit le comte de Ségur, alors ambassadeur à Saint-Pétersbourg, tous dans les rues se félicitaient, s'embrassaient comme si on les eût délivrés d'une chaîne trop lourde qui pesât sur eux. »

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La prise de la Bastille - Jean-Baptiste Lallemand - 1716-1803

Dès ce moment, l'impulsion est donnée la Révolution marche à grands pas. La garde nationale est organisée à Paris. La Fayette lui donne la cocarde tricolore, qui, suivant sa prédiction, doit faire le tour du monde. Pour se réconcilier avec cette Révolution qu'ils ont d'abord combattue, les nobles, dans la nuit du 4 août, sacrifient leurs privilèges sur l'autel de la patrie.
Après l'enthousiasme viennent les défiances le peuple et la cour s'observent. Dans un repas qui a lieu à Versailles la cocarde nationale est insultée et foulée aux pieds par des gardes du corps sous les yeux de la reine et des princes. Aussitôt dans les journées 5 et 6 octobre du des bandes armées de piques se rendent à Versailles envahissent le château et ramènent à Paris le roi et la reine.

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Boissy d’Anglas saluant la tête du député Féraud - Félix Auvray - 1800-1833

Pendant deux années, l'Assemblée constituante poursuivit ses grands travaux. Le pouvoir législatif retiré à royauté, le roi réduit à une liste civile, la liberté des cultes et de la presse, l'égalité devant la loi, le partage égal des biens entre les enfants, le chaos de nos quatre cents coutumes faisant place à un code unique pour tout le royaume les divisions provinciales, souvenir de la féodalité, supprimées et remplacées par la division en départements ; les biens du clergé déclarés biens nationaux, et la création d'assignats hypothéqués sur ces biens, tels furent les principaux actes de la Constituante. Quand elle se retira, la sérénité du début de la Révolution avait déjà fait place aux défiances et aux haines. Le roi, en essayant la fuite de Varennes, avait lui-même dénoncé au peuple ses intentions contre-révolutionnaires et ses relations avec l'étranger, et, le 17 juillet 1791, le sang qui avait coulé au Champ-de-Mars avait amené une scission entre les révolutionnaires modérés et les révolutionnaires ardents. L'Assemblée législative commença ses séances le 1er octobre 1791. Les membres de la Constituante s'en étaient volontairement exclus d'avance. La nouvelle Assemblée, dominée par les girondins, se montra faible et indécise, et laissa échapper de ses mains la direction de la Révolution, que saisirent les clubs des Jacobins et des Cordeliers.

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Don patriotique des illustres françaises

Dès lors, outrepassant le but que la sagesse des constituants lui avait assigné, provoquée d'ailleurs au dehors par les menaces de l'étranger, au dedans par la résistance de la cour, des royalistes et des prêtres, la Révolution n'est plus qu'une lutte violente.
Après la journée anarchique du 20 juin vient celle du 10 août, qui chasse le roi des Tuileries et livre le pouvoir à la Commune de Paris, dont l'Assemblée législative n'a plus désormais qu'à légaliser les actes. L'infortuné Louis XVI et sa famille sont enfermés dans la tour du Temple ; le brasseur Santerre devient le général de la garde nationale, et des milliers de citoyens sont jetés en prison.
Tout à coup le bruit se répand que les alliés ont passé le Rhin, que Longwy est en leur pouvoir, que Verdun est pris. La Commune déploie une extrême activité tous les citoyens s'arment et s'apprêtent à défendre Paris ou à courir au-devant de l'ennemi.
Alors commence le triste règne de la Terreur les prisons sont forcées et les prisonniers massacrés sous les yeux de l'Assemblée législative impuissante. Cependant à la déclaration de Pilnitz, signée du roi de Prusse et de l'empereur d'Autriche cette même Assemblée avait répondu en avril 1792, par cette fière menace « Si des princes d'Allemagne continuent de favoriser des préparatifs dirigés contre les Français, les Français porteront chez eux, non pas le fer et la flamme mais la liberté » Puis à la menace joignant l'effet, elle déclare la guerre aux puissances et proclame la « Patrie en Danger »

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La Nation françaises

D'abord, la guerre ne nous fut point favorable; mais à Valmy nos conscrits apprirent aux troupes prussiennes, si fière de leur discipline et de leur tactique, combien elles avaient tort de les dédaigner. Ils supportèrent le feu sans broncher et, s'élançant au cri de Vive la Nation ! culbutèrent à la baïonnette les soldats de Brunswick.
Les Prussiens évacuent la Champagne. Custine s'empare de Mayence, Anselme de Nice et Montesquiou de la Savoie.
C'est au milieu de ces succès de bon augure que l'Assemblée législative se sépara. Le 20 septembre 1792.)
Ce fut le 21 septembre 1792,lendemain de cette victoire que s'ouvrit la Convention nationale. Son premier acte fut d'abolir la royauté et de proclamer la République, le seul gouvernement qui fût conforme à l’'état des choses et qui pût opposer aux puissances ennemies une résistance victorieuse. La rupture avec l'ancien régime ne parut même pas suffisante encore aux hommes les plus énergiques. Danton, qui avait naguère ordonné les journées de septembre pour terrifier l'aristocratie, voulut aussi imprimer l'effroi à la coalition des princes qui prétendaient relever la royauté en France, et la tête du malheureux Louis XVI tomba le 21 janvier 1793.

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L'exécution de Louis XVI le 21 janver 1793 - 1798-1863

C'est ainsi que ce faible et infortuné prince expia les scandales et les abus des règnes précédents. Attaquée au dehors par une coalition formidable, agitée au dedans par les factions et par la révolte de la Vendée, trahie par quelques généraux la Convention triompha de tous les périls en devenant terrible. Carnot jeta quatorze armées à la frontière.

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La Garde Républicaine à Paris Eugène Delacroix - 1798-1863

Douze cent mille hommes étaient sur pied. « La République, dit Barère au sein de la Convention, n'est plus qu'une grande ville assiégée; il faut que la France ne soit plus qu'un vaste camp. Tous les âges sont appelés par la patrie à défendre la liberté. Les jeunes gens combattront, les hommes mariés forgeront les armes, les femmes feront les habits et les tentes des soldats, les enfants mettront le vieux linge en charpie et les vieillards se feront porter sur les places publiques pour enflammer tous les courages. » Les résultats furent admirables. Toutes nos frontières, entamées en août 1793, étaient délivrées en décembre ; Hoche avait purgé d'ennemis toute l'Alsace et hivernait dans le Palatinat. L'année suivante, l'Espagne, les Pays-Bas, la Hollande furent envahis. Nos soldats entrèrent dans Amsterdam tels que les peint le poète, pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes. « Cette cité fameuse par ses richesses, dit le général Jomini, vit avec une juste admiration dix bataillons de ces braves sans souliers, sans bas, privés même des vêtements les plus indispensables et forcés de couvrir leur nudité avec des tresses de paille, entrer triomphants dans ses murs au son d'une musique guerrière, placer leurs armes en faisceaux et bivouaquer pendant plusieurs heures sur la place publique au milieu de la glace et de la neige, attendant avec résignation et sans un murmure qu'on pourvût à leurs besoins et à leur casernement. » Carnot, qui savait ce qu'on peut faire avec de tels soldats, avait imaginé, pour dérouter la tactique prussienne et autrichienne, la guerre par masses et d'élan. L'Espagne et la Prusse étaient forcées à la paix. Victorieuse au dehors, la Convention l'était aussi au dedans. Toulon était repris, les Vendéens battus, les Anglais et les émigrés anéantis par Hoche à Quiberon.
Cependant la terreur était à l'ordre du jour. Comme le royalisme, la modération devint suspecte, et les girondins furent sacrifiés. Bientôt les hébertistes et les dantonistes les suivirent sur cet échafaud dont ils s'étaient si longtemps faits les pourvoyeurs.
Resté seul maître du pouvoir, le triumvirat de Robespierre, Couthon et Saint-Just tombe à son tour le 9 thermidor.

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Le banquet de la Garde

Cependant, quoique mutilée, la Convention conserve encore assez de force pour étouffer le complot royaliste du 13 vendémiaire, et bientôt elle abdiqua le pouvoir entre les mains du gouvernement directorial (1795). Au milieu d'une lutte effroyable, elle avait continué l'œuvre de la Constituante, établi l'unité des poids et mesures, fondé notre instruction publique, nos grandes écoles préparé la rédaction du Code civil etc.
Le Directoire n'eut point la même énergie. S'il sut étouffer les complots royalistes et anarchiques, il compromit le gouvernement et la République par ses mœurs suspectes. Au dehors, cependant, le général Bonaparte le faisait respecter par son épée. L'on connaît son admirable campagne d'Italie de 1796. Tandis qu'il imposait à l'Autriche le traité de Campoformio, les autres généraux de la République s'éclipsaient pour la plupart. Pichegru et Moreau étaient, l'un, condamné à la déportation, l'autre, destitué pour avoir conspiré. Hoche, ce grand citoyen, cet homme supérieur, mourait à vingt-neuf ans pour le malheur de la France. L'expédition d'Égypte ajouta un nouveau prestige à la gloire de Bonaparte ; mais la République avait perdu toutes ses conquêtes quand il revint. Nos frontières menacées, nos armées désorganisées, nos finances en mauvais état accusaient la faiblesse et l'incurie du gouvernement directorial.

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La punition !

On sentait le besoin de sortir enfin des orages de la Révolution, et quelle main plus ferme pouvait opérer ce changement que celle du vainqueur de l'Italie et de l'Égypte ?
Bonaparte comprit qu'il était l'homme de la situation, et le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) il fit envahir par ses grenadiers la salle des Cinq-Cents, et dispersa la représentation nationale. Nommé consul avec Sieyès et Roger-Ducos, il sauva la France ; mais ce fut aux dépens de sa liberté.

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Le Consulte de la République cisalpine réunie en comices à Lyon pour décerner la présidence au Premier Consul, le 26 janvier 1802 - Nicolas-André Monsiau - 1754-1837

A peine installé, le gouvernement consulaire se mit à l'œuvre. Après avoir pacifié le pays, il s'occupa de le réorganiser. Tout le système administratif, judiciaire et financier fut établi tel qu'il s'est maintenu jusqu'à nos jours, à quelques légers changements près. Quant à l'extérieur, la France ne pouvait rien craindre ayant à sa tête le plus habile de ses capitaines. L'Autriche et l'Angleterre refusaient de signer la paix. Bonaparte fond du haut des Alpes sur l'Italie, écrase Mélas à Marengo, et se trouve maitre de la Lombardie. Moreau, vainqueur à Hohenlinden, pousse jusqu'aux portes de Vienne. L'Autriche s'empresse de signer la paix de Lunéville. Déjà, par le traité de Campo-Formio, elle avait reconnu à la France la possession de la Belgique et de la rive gauche du Rhin. Les mêmes bases furent adoptées à Lunéville. Les républiques batave, helvétique, ligurienne et cisalpine furent reconnues. Bientôt l'Angleterre elle-même, effrayée des préparatifs de descente qui se faisaient déjà à Boulogne, signa la paix d'Amiens (1802). Cette paix ne fut pas longtemps gardée.



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